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Nos coreligionnaires ont vraiment la mémoire courte ! Ou bien ils étaient trop jeunes pour savoir ou bien ils ont oublié ce qu’était le Consistoire d’hier et celui d’aujourd’hui. Ayant vécu la belle époque du Consistoire, je vais leur rafraichir la mémoire. Le Consistoire, fidèle a son origine, constitue le point central de la Communauté juive de France. C’est lui qui assure la formation des rabbins, les place dans les différentes synagogues et suit de près leur carrière. Cette institution centrale est composée de 26 membres élus par les fidèles et renouvelables par moitié tous les 8 ans . Dans quelques semaines – exactement le 26 de ce mois, les électeurs à jour de leur cotisation seront appelés aux urnes pour choisir 13 fidèles qui siégeront à partir de 2018 comme administrateurs du Conseil.

Pourquoi ce rendez-vous électoral est-il si capital, cette fois-ci ? Afin de stopper une dérive qui aurait tendance à s’amplifier si de nouveaux élus venaient renforcer la majorité en place, totalement responsable du déclin de l’institution. Jusqu’à ces dernières années, le Consistoire disposait d’un Conseil de bénévoles, davantage préoccupés par les problèmes communautaires que de leur ambition personnelle. Chaque synagogue était reçue périodiquement par le Conseil et exposait ses difficultés devant l’ensemble des élus qui avaient à cœur d’apporter des solutions concrètes et viables. Les administrateurs se concertaient et ensemble s’accordaient pour régler les difficultés liées à la gestion courante au plan local : administration, gestion financière, vie cultuelle et culturelle, entretien, travaux, sécurité, etc…Des délégués étaient désignés pour suivre périodiquement le déroulement de la vie communautaire dans les synagogues qui leur avaient été désignées. Les fidèles de l’époque comprenaient parfaitement le rôle et la contribution du Consistoire et participaient en retour de leur mieux à sa gestion.

Cette façon de procéder a disparu, pour une bonne et simple raison : le lien entre la maison centrale et les relais locaux a disparu. Finie la concertation entre les membres du Conseil ! Fini le rôle des délégués du Consistoire auprès des synagogues ! Fini le rôle de Commissions de travail ! Fini le suivi, la supervision et la promotion des rabbins ! Fini le rôle primordial du Grand Rabbin de Paris ! Fini le dialogue et le partenariat avec les autres associations communautaires, d’autant plus que le Consistoire bafoue allègrement l’équilibre général : il concurrence directement le CRIF en entretenant systématiquement des relations avec les hommes politiques, alors que c’est la fonction du CRIF ! De la même façon et avec la même vergogne, il concurrence le Fonds Social en créant le Secours Juif, alors que la Tsedaka est une des missions essentielles du FSJU. Chaque fois qu’il peut, il empiète sur le terrain des autres institutions, et il ne se gêne pas pour le faire puisque celles-ci ne réagissent pas. Dans quel monde anarchique vivons-nous ? Chacun pour soi, entérinant la faillite de la Communauté.

En fait, et tout le monde aura compris : le fossé s’est creusé entre les communautés repliées sur elles-mêmes, voire littéralement abandonnées à leur sort et le Conseil du Consistoire qui fonctionne en vase clos. Allons plus loin dans cette analyse cruellement lucide : l’institution a progressivement perdu sa vocation. Personne ne proteste et la presse juive si elle existe – sic – reste muette face à ces dérives. Faute d’opposition organisée et en l’absence, de guides d’envergure, d’autant plus que le rabbinat est aux ordres. Les dirigeants du Consistoire se bercent d’illusions : parce qu’ils s’agitent dans tous les sens, parce qu’ils sont omniprésents dans toutes les cérémonies de la République, parce qu’ils communiquent à propos de tout et de rien, et parce qu’une presse acquise leur renvoie le miroir de leurs faits et gestes .Pendant ce temps les communautés sont livrées à l’abandon. L’exemple le plus effarant est celui de la synagogue consistoriale séfarade de Vincennes rejetée au profit d’un groupe dissident. Les fidèles attendent de véritables avancées dans ce qui les préoccupe : la cacherout, la jeunesse, l’éducation juive, le prix des prestations, le divorce religieux, etc… Désormais, le Consistoire se concentre sur un clientélisme, aveuglé par ces apparences, qui ne sont que de la poudre aux yeux. Ceux qui n’approuvent en rien cette agitation politicienne en campagne électorale permanente, finissent par se démobiliser et se tournent vers d’autres associations au comportement plus éthique.

Désormais, il n’y a plus qu’un seul homme, un Président qui voit tout, contrôle tout, dirige tout et n’entend céder la moindre parcelle d’autorité à qui que ce soit, même à ceux qui le soutiennent aveuglement pour lui donner une majorité automatique. Et cette façon de diriger s’affranchit des règles les plus élémentaires de la démocratie communautaire : A-t- on déjà vu un même homme coiffer à la fois une fédération et une de ses composantes ? C’est pourtant le cas, puisque ce dirigeant a allégrement bafoué les statuts et le règlement intérieur en devenant à la fois président à la tête du Consistoire de Paris et du Central. Ce faisant, il n’y a plus d’arbitrage possible, plus de coopération possible, plus de débat démocratique possible, dans la mesure où tous les organes se trouvent réunis dans la même main. Et c’est dans la cécité la plus complète que l’institution ne vit plus que sur le mythe d’une centralité officielle, ignorant totalement la montée en puissance d’autres sensibilités religieuses.

A force de recevoir officiellement ministres, députés et autres notabilités, notre institution a fini par se prendre au sérieux et oublier son rôle unificateur et rassembleur des fidèles, pour la plupart traditionalistes, qui risquent de s’éloigner pour toujours, si on ne les écoute plus. En fait, ces derniers ne savent même plus ce qu’est le Consistoire. Ils fréquentent une synagogue de proximité et se déclarent plus ou moins satisfaits de leur rabbin. Ils espèrent de la maison mère une impulsion, le respect des valeurs de la Torah. Un principe doit l’emporter sur toute autre : celui de l’exemplarité. C’est ce que nous attendons désespérément de nos dirigeants consistoriaux. Le jour où ils comprendront que leur tâche doit se développer, en toute modestie et exclusivement au bénéfice des fidèles, ce jour-là on aura retrouvé les véritables valeurs qui ont fondé le 17 rue Saint Georges.

Moïse COHEN
Président d’Honneur du Consistoire de Paris


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